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Interview : la DJ Rebekah dénonce les violences sexuelles dans la musique électronique

Écrit par le 21/01/2021

 

Avec plus de vingt ans de carrière, le DJ anglaise Rebekah est sans conteste l’une des chefs de file de la techno mondiale. Dans une lettre ouverte, accompagnée d’une pétition et du hashtag #ForTheMusic, lancés le 24 septembre, elle dénonce le harcèlement et les violences sexistes du milieu de la dance music. Un objectif  : lever l’omerta.

https://www.ticketarena.co.uk/artists/rebekah

Durant votre jeunesse à Birmingham, quand vous commenciez tout juste à sortir en club, deviez-vous déjà faire face au sexisme ambiant  ?

Pas tant que ça. Au tout début, quand j’ai commencé à sortir et à découvrir le monde de la nuit, on me laissait plutôt tranquille. Il faut dire que j’avais 17 ans, et comme je suis assez petite, à cet âge-là, j’avais plutôt l’air d’en avoir 14. Les gens étaient donc plutôt ouverts et bienveillants avec moi. Certains m’ont appris à mixer et m’ont donné des conseils. Par contre, je n’oublierai jamais la fois où je me suis présentée dans un magasin de disques de Birmingham pour demander du travail. Le disquaire ma répondu que le seul job que je pouvais faire pour lui, c’était un blowjob (une fellation, en anglais, NDLR). Ça a été sa seule réponse. J’étais jeune et heureusement que ma passion pour la musique m’a poussée à aller au-delà de ce genre de remarques.

N’avez-vous pas eu envie de réagir quand cet homme vous a dit ça  ?

J’ai préféré prendre ça comme une mauvaise blague et laisser couler. J’ai longtemps eu tendance à ne rien dire, y compris quand des choses plus graves me sont arrivées. J’ai été violée par un promoteur au début des années 2000, dans un pays d’Europe de l’Est. Je n’en ai parlé à personne, car je n’étais pas totalement sûre de ce qui m’était arrivé. Je me souviens que ce soir-là, après mon set, je suis rentrée à mon hôtel. J’avais trop bu et je me suis évanouie dans mon lit. Puis quand je me suis réveillée peu de temps après, j’ai vu le promoteur, dans mon lit, en train de m’imposer un acte sexuel. Je me suis évanouie de nouveau et le lendemain matin, il n’y avait plus personne. Je n’ai jamais su si ça avait véritablement eu lieu ou pas. Mais je sais que quand je me suis réveillée pendant la nuit, ce que j’ai vu était très réel. Sur le coup, c’est quelque chose que je n’ai pas voulu faire remonter. Je n’en ai parlé ni à mes amis, ni à mon agent. J’avais l’impression d’être responsable de ce qui m’était arrivé. Souvent, dans ce genre de situations, les femmes pensent que c’est la faute de leur consommation de drogues ou d’alcool. Mais ce n’est pas le cas.

Qu’est-ce qui vous a décidée à en parler  ?

J’ai de plus en plus envie de faire du mentorat, pour aider des jeunes femmes à intégrer le monde de la musique. Mais récemment, le décès d’un DJ célèbre et les réactions qu’il a engendrées m’ont rappelé à quel point cette industrie a encore des problèmes (Le 1er septembre dernier, le DJ Erick Morillo a été retrouvé mort à son domicile, quelques jours avant son procès pour une affaire d’agressions sexuelles. Des DJs comme Carl Cox ou Jamie Jones lui ont rendu hommage tandis qu’en parallèle, plusieurs jeunes filles ont témoigné sur les réseaux sociaux des violences sexuelles qu’Erick Morillo leur avait fait subir, NDLR). Je me suis dit que je ne pouvais pas accompagner des jeunes femmes dans ce milieu si je ne parlais pas publiquement de ce que j’ai vécu au sein de cette industrie et de ce qu’elles risquent malheureusement de vivre. C’est difficile de se dire que les choses n’ont vraiment pas changé depuis les débuts des années 2000. On aurait pu croire que le fait d’avoir davantage de femmes, des personnes racisées ou de gens issues de la communauté LGBT aurait pu changer les choses. Mais peut-être que ça rend juste certains hommes plus en colère, car ils ont l’impression qu’il y a moins de place pour eux.